Damien Hirst ou l’art de raconter une histoire

Paru le 30 avril 2012

L’exposition « Damien Hirst » vient à peine de débuter à la Tate Modern de Londres, que s’annonce déjà une pénurie de tickets pour la voir.

Passé maître dans l’art de faire parler de lui, adulé des collectionneurs, l’artiste anglais est aujourd’hui le symbole de l’art contemporain. Il est le plus coté et le plus controversé des artistes ayant contribué à installer dans la lignée de Warhol, la figure de l’artiste –producteur d’œuvres en série.

Issu du minimalisme, Hirst a su imposer des images fortes associées à des titres d’œuvres racontant une histoire universelle. L’exposition de la Tate Modern est l’occasion de le vérifier.
Couvrant l’essentiel de sa production, des premières pièces de Freeze (1988) à celles de « In and out of Love » (1989), l’exposition laisse la part belle aux pièces monumentales, dont la plus connue : « The Physical Impossibility of Death in the Mind of Someone Living » (1991). Sont également exposées les Spot paintings, les armoires à pharmacie telles que « Lullaby, the Seasons 2002 », les Spin paintings ainsi que le crâne incrusté de diamants d’une valeur de 50 millions de dollars « For the Love of God » (2007), présenté dans une pièce séparée du Turbine Hall.

media_xll_4740537Damien Hirst

Les raisons du succès planétaire de cet artiste sont difficiles à cerner, mais tentons une explication : Damien Hirst est un conteur. En témoignent ses titres, qui tel un sous-texte en donnent la signification : « In and out of Love » (1992), « The Fragil Truth » (1997-1998), « Where we are Going? Where do we come From? Is There a Reason? » (2000-2004).

Damien Hirst traite dans ses installations de questions existentielles : la vie, la mort, l’art et l’argent. En 1992, il figure la fragilité de l’amour par des papillons; puis les armoires à pharmacies contenant des facsimiles de médicaments condensent les épisodes d’une vie éphémère et en proposent le viatique. Les animaux conservés dans du formol renvoient, eux, à la menace de la mort « impensable dans l’esprit d’un être vivant ». Cette idée figurée par un requin d’abord (figure monumentale du danger), puis par des agneaux (innocents forcément), organisent la dualité de son discours : le bon / le méchant, le bien / le mal, le vivant / le mort. Condamnés pareillement, il offre cependant à ses animaux naturalisés la possibilité d’une rédemption par la possibilité d’une deuxième vie l’espace de l’exposition.

Damien HirstDamien Hirst

L’aboutissement de sa démonstration est d’interroger l’art lui-même, nouvel objet de culte de la part des musées et des collectionneurs, en rappelant que l’objet d’art a remplacé dans nos cultures laïques, le sacré. L’oeuvre « The Golden Calf » (2007) ou « le veau sacrée », est en quelque sorte l’étape ultime de cette mise en abîme du statut de l’art contemporain l’unique exemplaire de cette œuvre ayant été vendue chez Christie’s un million de dollars, soit le montant le plus élevé à ce jour pour la vente d’une œuvre d’art contemporain.

Organisées en un cabinet de curiosités grandeur nature, c’est-à-dire à l’échelle du musée, les oeuvres nous livrent un conte moderne dont les thèmes s’inscrivent dans la tradition de l’art Chrétien (on songe au Saint-Sébastien de Mantegna qui propose le spectacle d’un homme entre la vie et la mort), et trouvent leur place naturelle dans ces nouvelles cathédrales que sont les musées.

DHS335Tate1writingre_771_0Le récit se lit à la fois entre les cartouches, les images et la scénographie. Si nous y regardons de plus près ; en tant que spectateurs nous sommes littéralement enfermés nous-mêmes dans le cabinet de curiosités de Damien Hirst jusqu’à en devenir les pièces manquantes jusqu’alors, pour compléter ainsi sa collection d’objets en incarnant le vivant face aux figures de la mort. Il s’agit là d’une histoire moderne, d’une histoire dans laquelle l’Homme a substitué à Dieu, de nouveaux totems ou objets de croyances: les œuvres d’art.

C’est tout l’art du récit de Damien Hirst que de dessiner une œuvre parfaitement lisible de tous, à la manière des premières représentations chrétiennes qui étaient conçues pour être lues des fidèles, sur les frontons des églises, entre les sculptures et les phylactères. A chaque œuvre correspond ainsi une histoire, mais pas n’importe laquelle. Une histoire de vie et de mort, une histoire dont chacun peut repérer des convergences avec la sienne.

Ecrivain du bref, artiste de la durée, Damien Hirst nous fascine en brossant un récit que nous connaissons déjà, mais pour lequel il sait créer de brillants raccourcis, nous donnant à voir des œuvres fortes et ambigües, des œuvres chargées d’images qui jettent encore des étincelles, une fois l’exposition terminée.

Damien Hirst

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Art galerie guide (paru en 2014)

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Capitale de la haute-couture, lieu d’histoire et de culture, Paris est en pleine renaissance artistique grâce au travail de fondations, de galeries d’art qui voient l’émergence de nouveaux projets culturels. Mais parmi plus de 200 galeries et des centaines de lieux, comment faire le tri ?

En ce début d’été, nous vous proposons une sélection de lieux culturels à découvrir dans le quartier du Marais et celui de Saint-Germain des Prés. Fondations et musées incontournables, galeries essentielles, voici quelques lieux à découvrir ou redécouvrir dans cette première édition!

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Musées et fondations

LA MEP

La vocation de la Maison Européenne de la Photographie installée dans l’Hôtel Salé est de faire connaître les oeuvres les artistes français ou étrangers les plus marquants de l’histoire de la photographie. A l’origine orientée « photo argentique traditionnelle », la MEP accueille aujourd’hui également des artistes plasticiens utilisant ce média.
Artistes exposés : Luciano Castelli, Cartier-Bresson, Fouad Elkoury, Barbara Luisi, etc.
Actuellement: Martin Parr

5/7, rue de Fourcy 75004
www.mep-fr.org

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Martin Parr

FONDATION CARTIER

Fondée par Alain-Dominique Perrin (Président de Cartier), la Fondation Cartier pour l’art contemporain est logée à l’extrémité du quartier latin (Boulevard Raspail). Alors que la Fondation Vuitton a choisi d’associer business et expositions, Cartier a choisi de passer des commandes d’oeuvres à des artistes sans pour autant que celles-ci se réfèrent à la marque. Ce mécénat est doté d’un budget de 10 millions d’euros par an, abondé à 70 % par Cartier. Dégagée du souci de commercialiser les oeuvres, cette Fondation aux choix avant-gardistes n’a pas peur de prendre des risques. Même si de gros succès sont souvent au rendez-vous (340 000 visiteurs autour des pièces commandées à Ron Mueck), elle reste l’animatrice des jours et des nuits parisiennes, via notamment: « Les soirées Nomades ». La Fondation Cartier fait figure de plateforme internationale de l’art contemporain en faisant le pari de constituer une collection unique au monde.
Artistes exposés : Ron Mueck, Jean-Pierre Raynaud, Yue Minjun, Ron Arad, Araki, etc…
Design, mode, peinture, photographie, sculpture, installations.

261, Boulevard Raspail 75014
http://fondation.cartier.com/#/fr/home/

Du 10 mai au 21 septembre 2014, la Fondation Cartier fête ses trente ans aux côtés des artistes émergents. Ci-dessous: Vue de l’exposition Mémoires Vives, 2014.

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Fondation Cartier pour l’art contemporain

LE PALAIS DE TOKYO

Avec 7 700 mètres carrés et plus de 250.000 visiteurs par an, Le Palais de Tokyo est un des centres d’art contemporain les plus visités d’Europe. Autour des expositions se déploient de nombreux projets d’artistes, souvent de moins de 30 ans. Des résidences d’artistes animent le Palais, notamment via le mécénat du Pavillon Neuflize OBC, laboratoire de création du Palais de Tokyo. A partir de novembre 2014, il accueillera dorénavant chaque année six jeunes artistes internationaux pour une résidence de huit mois, de novembre à juin. Un espace de 200m² sous verrière (Galerie Haute du Palais de Tokyo), abrite le Tokyo Art Club rassemblant amateurs d’art et collectionneurs autour d’un programme de rencontres hebdomadaires avec des personnalités du monde de l’art. Le Palais de Tokyo est l’incontournable  laboratoire de l’art de demain.

13, avenue du Président Wilson 75116
www.palaisdetokyo.com

Expositions manifestes : en ce moment « L’état du ciel »

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L’Etat du Ciel

LE PLATEAU

C’est dans un ancien atelier de tuyauterie niché au fond d’une impasse du XIXème arrondissement à deux pas des Buttes-Chaumont que cette émanation du Frac Ile-de-France a posé une partie de ses collections. Ce lieu dédié à l’art essentiellement français, expose des travaux que l’on ne voit souvent nulle part ailleurs. Une volonté de défricher l’art d’aujourd’hui et de l’expliquer via des parcours de médiation.
Artistes exposés : Mac Adams, Charles Avery, Anna Barham, Louidgi Beltrame, Pierre Bismuth, Michel Blazy, Pablo Bronstein, etc.

Place Hannah Arendt, angle de la rue des Alouettes et de la rue Carducci 75019 Paris .
www.fraciledefrance.com

Camille Henrot, Est-il possible d’être révolutionnaire et d’aimer les fleurs ? Journal du voleur, Jean Genet, 2012
Camille Henrot, Est-il possible d’être révolutionnaire et d’aimer les fleurs ? Journal du voleur, Jean Genet, 2012

LA BELLEVILLOISE

Depuis sa création en 2011, La Bellevilloise « forteresse culturelle » a pour projet de permettre à tous l’accès à l’éducation politique et à la culture. Avec 350.000 visiteurs par an, une trentaine d’expositions et plus de 500 spectacles (dont 350 concerts), c’est le coeur de la nuit « bobo » de Paris. La Bellevilloise accueille aussi des festivals et présentations de défilés de jeunes créateurs.
Expositions : Grand Salon D’art Abordable, Vernissage des expo­sitions de Mustapha Boutadjine, Fashion Brunch etc…

19-21, rue Boyer 75020
www.labellevilloise.com

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LA GAITE LYRIQUE

Expositions, concerts, conférences, depuis 2011 le théâtre de la Gaîté est consacré aux arts numériques et aux musiques actuelles. Sur cinq niveaux accessibles au public et deux niveaux privatifs se déploient plusieurs expositions (dont récemment: The Happy Show, Monstres de Mode, etc.), et s’organisent un grand nombre de conférences autour de la culture numérique. Les start-up sont invitées à exposer leurs projets dans ce domaine. Un lieu très actif qui accueillera en juin une partie du festival du numérique « Futur en Seine« , en lien avec le 104.

3 bis, rue Papin 75003
http://www.gaite-lyrique.net/

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Hall de la Gaité Lyrique

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Le quartier du Marais

Quartier central et animé, le Marais concentre autour du Musée Picasso un grand nombre de galeries d’art et toutes les enseignes des jeunes créateurs. Récemment ouvertes ou adresses historiques des collectionneurs du monde entier, ces galeries proposent un vaste panorama de la création contemporaine. A travers quelques adresses phare, nous vous proposons une promenade d’art dans un des plus beaux quartiers de Paris.

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[break]Les galeries de photos incontournables

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[break]POLKA GALERIE

La Polka Galerie est entièrement consacrée au photo reportage et présente le travail de photographes au regard humaniste et critique sur les grandes causes mondiales.
Artistes exposés : Alexander Gronsky, Elliott Erwitt, Reza, etc…

12, rue Saint Gilles 75003
www.polkagalerie.com

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Stanley Green

[break]GALERIE PARTICULIÈRE

Avec ses choix pointus et son très bel espace d’exposition (dans une ancienne usine), c’est notre galerie préférée. Choix d’images poétiques alternent avec partis pris photographiques forts en grand format. On ne peut qu’aimer les images qu’on y découvre, comme si on les avait toujours attendues…
Portraits, nus, expressions singulières et intimistes. Dessins, peintures, sculptures, etc…
Artistes exposés : Adam Panczuk, Anne-Lise Broyer, Kate Mccgwire, Ethan Murrow, etc..

16, rue de Perche 75003
www.lagalerieparticuliere.com

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David Hilliard

[break]Les galeries d’art moderne – contemporain

bar [break]GALERIE EMMANUEL PERROTIN

On ne présente plus Emmanuel Perrotin! Découvreur des grands noms de l’art contemporain, c’est lui qui a accéléré la carrière de Damien Hirst et de Murakami (notamment). Devenu LA référence du marché de l’art, les plus grands collectionneurs ne jurent que par lui. Des choix pointus et toujours gonflés.
Artistes exposés : Xavier Veilhan, Maurizio Cattelan, Takashi Murakimi, Tatiana Trouvé, etc..

76, rue de Turenne 75003
www.perrotin.com

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Xavier Veilhan


GALERIE DANIEL TEMPLON


Une des plus belles collections de la capitale. Art contemporain français bien représenté et véritable marchand « l’ancienne », voici quelques artistes exposés: Philippe Cognée, Chiharu Shiota, Jan Fabre, Franck Stella, etc.. Peintures / dessins néo-pop, etc…

30, rue Beaubourg 75003
www.danieltemplon.com

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Chiharu


GALERIE THADDAEUS ROPAC


Grandes rétrospectives et catalogue éclectique. Si ces artistes sont déjà exposés dans les musées d’art contemporain, vous avez toutes les chances de les y revoir dans cette galerie. Du lourd.
Artistes exposés : Andy Warhol, Jules De Balincourt, Harun Farocki, etc..

7, rue Debelleyme 75003
ropac.net

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GALERIE XIPPAS

Lieu incontournable de découverte des talents émergents et plus confirmés. Beaucoup d’artistes français sortis de l’Ecole Nationale des Beaux Arts de Paris y sont exposés pour la première fois. Peintures, photos, sculptures, installation vidéo, etc… Sophie Calle y a quand même été exposée, parmi tant d’autres ! Panorama exigent et contrasté.
Artistes exposés : Dominique Blais, Yvan Salomone, etc…

108, rue Vieille du Temple 75003
www.xippas.com

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Dominique Blais


GALERIE CHANTAL CROUSSEL


Marchand d’art contemporain et collectionneuse, la galeriste présente des artistes en prise avec l’époque, exposés à l’intérieur d’un bâtiment industriel. Expositions monographiques et thématiques.
Artistes exposés : Abraham Cruzvillegas, Fikret Atay, Tarek Atoui, Alain Séchas, etc…

10, rue Charlot 75003
www.crousel.com

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Fiikret Atay


GALERIE FELLI


Dessins, peintures, sculptures, photo figuratives, etc… Felli aime la peinture et expose des artistes qui donnent à voir une version poétique du réel.
Artistes exposés : Agnes Baillon, Goxwa, François Reau, et notre chouchou : Chérel

127, rue du Temple 75003
www.galeriefelli.com

Chérel
Chérel


GALERIE YVON LAMBERT


Une des meilleures galeries de la capitale, Yvon Lambert y crée l’événement comme à New York dans un lieu aéré qui lui ressemble. Ses choix : « entre ascétisme et avant garde extrême».
Artistes exposés : David Claerbout, Carlos Amorales, Carl Andre, Robert Barry, etc..

108, rue Vieille du Temple 75003
http://www.yvon-lambert.com

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Carlos Amorales


GALERIE KARSTEN GREVE


Marchand d’art contemporain et collectionneur Karsten Greve a contribué à la reconnaissance mondiale d’artistes comme Louise Bourgeois, John Chamberlain, Lucio Fontana, etc.

5, rue Debelleyme 75003
http://www.artnet.com/galleries/galerie-karsten-greve-paris/

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Louise Bourgeois


GALERIE MAGDA DANYSZ


Une galerie qui favorise l’accès à l’art par des programmations aty­piques mêlant art visuel, art numérique et art urbain.
Artistes exposés : Liu Bolin, Nicolas Buffe, Erwin Olaf, Yang Yongliang etc.

78, rue Amelot 75011
www.magda-gallery.com

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Erwin Olaf


GALERIE MARIAN GOODMAN


Un bataillon d’artistes incontournables y sont présentés, tel que : Andy Warhol, Roy Lichtenstein, Sol Lewitt…
Artistes exposés : Annette Messager, Gabriel Orozco, etc…

79, rue du Temple 75003
www.mariangoodman.com

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Annette Messager

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Quartier Saint-Germain

Le quartier historique des universités, rendu célèbre dans les années 50 par les écrivains existentialistes est aujourd’hui réinvesti par les marques de luxe et les galeristes. Une promenade d’art où flotte un parfum d’art et de culture.

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GALERIE KAMEL MENNOUR

La galerie propose une sélection de jeunes artistes émergents. Art contemporain, photographies, expositions collectives et thématiques.
Artistes exposés : Lee Ufan, Zineb Sedira, Alfredo Jaar, etc…

47, rue Saint-André des Arts 75006
www.kamelmennour.com

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Anish Kapoor

LA GALERIE CAMERA OBSCURA

La galerie Camera Obscura existe depuis 1993. Sans être parmi les plus anciennes, elle a su fidéliser et capter l’écoute d’un public de plus en plus nombreux et devenir une référence en photo argentique.
Artistes exposés : Denis Brihat, Paul Den Hollander, Sabine Weiss, Paolo Roversi

268 Boulevard Raspail, 75014
http://www.galeriecameraobscura.fr/

Patrick Caberna
Patrick Caberna

GALERIE LOEVENBRUCK

La galerie défend « une jeune scène française caustique et de nombreux espoirs internationaux ». Art contemporain aux penchants conceptuels, porté par un parfum d’ironie.
Artistes exposés : actuellement, Succession Michel Parmentier.

6, rue Jacques Callot 75006
www.loevenbruck.com

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Façade galerie

GALERIE KREO

Art contemporain et design.
Ce lieu du design a été fondé par un couple de galeristes, premiers à promouvoir des designers comme Newson et Szekely auprès des industriels tels que Perrier, Ricard ou encore Carrefour. Une sélection d’objets beaux et utiles.
Artistes exposés : François Azambourg, Naoto Fukasawa, Adrien Rovero, etc…

31, rue Dauphine 75006
www.galeriekreo.fr

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Nathalie Obadia

GALERIE GEORGES-PHILIPPE ET NATHALIE VALLOIS

Spécialistes des « Nouveaux Réalistes » (mouvement formé autour de Pierre Restany dans les années 60), ils défendent également la jeune scène française.
Artistes exposés : Boris Archour, Gilles Barbier, Julien Berthier, etc… Actuellement : l’Affichiste Villéglé.

36, rue de la Seine 75006
www.galerie-vallois.com

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Villéglé

La place du spectateur
dans le casino de l’art contemporain

fiac3Du 23 au 25 octobre, la FIAC accueille à Paris environ 100 000 visiteurs. Cette édition s’est encore internationalisée, reléguant souvent les galeries émergentes à la marge, c’est-à-dire à l’étage, ou dans son excroissance, dite: la foire « Officielle » à la Cité de la mode. Un choix qui n’est pas anodin quand on arpente les allées du Grand Palais.

Cette année, omniprésents, les visiteurs envahissent les stands, parlent à l’écran de leur portable, et parfois regardent les œuvres (après tout, c’est pour ça qu’ils sont là). Au milieu de ces visages pressés, l’art contemporain devient un décor grandeur nature où le visiteur, l’acheteur, le collectionneur, tiennent une place centrale, comme si l’œuvre était en attente d’incarnation.

Car ce qui frappe d’abord c’est l’espace très épuré des cimaises des galeries, comme en attente d’être habitées par la présence de visiteurs – qui s’attardent effectivement devant les oeuvres tout en téléphonant -, au point qu’on ne sait plus s’il faut regarder les œuvres ou les gens.

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Jason Dodge. « In Turin, Christina Donato woove merino wool yarn … and a length equaling the distance from the earth to above the weather ».

Une impression redoublée par la présence d’un grand nombre d’objets qui se situent à la frontière du design et de l’art.

Témoin ces onze œuvres de Jason Dodge présentant des coupons de tissus (à partir de fils teints de « la couleur de la nuit » par des tisseurs de 11 pays), ou ces paravents Terrazzo de Atelier E.B (citation du groupe Memphis) faisant face à un brochet jaune décoratif; ou encore ces panneaux recouverts de tissu renvoyant à cette femme-monstre-rose de l’artiste sud-coréenne Lee Bull, interrogeant les tentacules du textile.

On note également la présence des Bouroullec dans le jardin des Tuileries avec « Le kiosque », plus objet de design urbain qu’installation, à consommer sur place ou à emporter en galerie.

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Atelier E.B. (Lucie McKenzie & Beca Lipscombe), Jumbo Labels/Terrazzo gold leaf IOT II, 2015
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Lee Bull, Monster, Pink, 1998-2011

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Grand mix du textile et d’un design en pleine mutation démocratique, traitement et recyclage des objets en œuvres sont des thématiques omniprésentes, sans qu’on puisse réellement se sentir entouré… d’art, car ces objets sans médiation sont orphelins d’un discours.

Mais une Foire de l’art contemporain n’est pas une exposition, c’est vrai… Ainsi, quand Christian Boltanski, à la Monnaie de Paris, se saisit avec Hans Ulrich Obrist et Chiara Parisi de la question de la valeur de l’art par le prisme de la gratuité, le discours est clair, convaincant, radical. En proposant aux visiteurs de partir avec des œuvres, il s’agit de rendre les visiteurs acteurs de l’œuvre, pour lui donner une autre vie, ailleurs.

Take me, I’m yours

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Christian Boltanski, Exposition : « Take me, I’m Yours » (Monnaie de Paris, 2015)

fiac11Convié à choisir un vêtement dans plusieurs tas de vêtements usagés, le visiteur en choisit un qu’il emporte dans un sac en papier estampillé Boltanski, lui conférant dès lors le statut d’œuvre d’art. Une belle prise, qui se fait non sans un certain malaise d’ailleurs, car Christian Boltanski interroge dans le même mouvement la signification du don.

Qu’a-t-on emporté exactement dans son sac ? Une oeuvre ou une relique d’un événement? As-t-on mérité un tel don ? A-t-on vraiment envie « d’exposer chez soi » une relique sans rien donner en échange et sans autre mérite que celui d’avoir payé un ticket d’entrée à 8 euros ?… Un principe de quasi gratuité mis à mal d’ailleurs quelques instants plus tard, lorsqu’on retrouve ces œuvres proposées à la vente sur Internet par leurs récents dépositaires… ce qui prouve ainsi que les idées, l’art, ont bien une valeur d’échange, sans parler de leur valeur statutaire et symbolique.

Exit la gratuité donc, elle n‘existe pas et c’est la grande réussite de cette exposition au musée de la Monnaie de Paris, qui se paie le luxe de s’interroger en miroir sur lui-même[1].

Ainsi, valeur de la monnaie et valeur de l’art fluctuent d’un même mouvement, au gré de l’offre et de la demande, de la spéculation et de la fabrique de la rareté. Une chose est sûre, c’est l’artiste, son nom, sa pensée, sa proposition au visiteur et au collectionneur qui donnent à l’œuvre son statut d’œuvre, puisque même lorsqu’il s’agit de vêtements posés en tas (sorte d’immense Emmaüs à durée limitée pendant 2 mois), le vêtement s’échange entre visiteurs-prédateurs devenant du fait de l’acceptation du don, œuvre, fétiche, relique.

[1] En effet, sur quoi indexer la valeur de la monnaie, quand celle-ci ne l’est plus sur la valeur des matières premières mais sur les cours fluctuants d’algorithmes boursiers ?

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Exposition : « Take me, I’m Yours » (Monnaie de Paris, 2015)
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Christian Boltanski, Exposition : « Take me, I’m Yours » (Monnaie de Paris, 2015)
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Christian Boltanski, Exposition : « Take me, I’m Yours » (Monnaie de Paris, 2015)

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A quelques mètres de La Monnaie de Paris, certains de ces artistes exposent pourtant à la FIAC, où d’autres pièces sont écoulées sur cet autre marché, celui des cotes, des réputations, des collectionneurs prêts à en payer le prix, nous rappelant qu’un artiste s’il peut s’engager dans une expérience de dissémination de l’art, ne peut le faire que si ses oeuvres sont acquises par les collectionneurs dans le marché réel et non symbolique.

La peinture, toujours

Dans ce défilé (de mode ?), surgissent comme par contraste trois peintres. Gideon Rubin, David Hockney, et cette œuvre de George Condo « Large Female Portrait », interrogeant le regard des visiteurs, voyant double, en lointain héritage de Picasso et de Magritte, une image stupéfiante et auprès de laquelle beaucoup ont tenté de se photographier.

Ainsi, voit-on encore les œuvres autrement que par le biais du Smartphone ? Si ce n’est pas le cas, est-ce pour cela que les peintres se retiennent de peindre ?… préférant lancer une idée ou un objet design sur la table de Baccarat de l’art contemporain ?

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Gideon Rubin, 2015
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David Hockney / Gideon Rubin

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Dans le jardin des Tuileries

D’un art d’intérieur, l’art est en train de devenir un art d’extérieur. C’est ce que tendrait à faire croire la foule qui s’amasse dans le Jardin des Tuileries pour découvrir (gratuitement) et avec adoration de nouveaux totems-sculptures (en les photographiant).

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Ai Wei Wei – Fiac 2015

Dans les jardins de la capitale, ces sculptures monumentales confirment le retour du religieux dans l’art, car dans nos pays laïcs, les musées et les expositions ont remplacé les églises.

Malraux avait raison, le XXIème siècle sera spirituel ou ne sera pas. Mais c’est une spiritualité qui nous convient, celle de l’œuvre, donc de la pensée en acte, issue du corps d’un artiste.

Empruntons à Chiara Parisi la phrase du philosophe Merleau-Ponty « L’artiste[1]apporte son corps’. Et en effet, on ne voit pas comment un esprit pourrait peindre. C’est en prêtant son corps au monde, que l’artiste change le monde ».

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Fiac 2015

Le don et le rapport à l’autre sont bien au cœur de la création. Mais le don n’est pas la gratuité, en ce sens qu’il engage l’Autre à en faire quelque chose[1].

C’est cet Autre, n’importe quel Autre, c’est-à-dire chacun de nous, qui est sommé de prendre position sur l’échiquier de l’art contemporain pour transformer son rapport au monde.

C’est ça la vraie bonne nouvelle de cette édition de la FIAC à Paris.

Danièle Pétrès (texte et reportage photos)

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Exposition : « Take me, I’m Yours » (Monnaie de Paris, 2015)

[1] Dans la phrase de Merleau Ponty il s’agissait du peintre, mais Chiara Parisi suggère une transposition actuelle en « artiste », que nous reprenons librement.

[2] « Le don, pour être fécond, pour déployer toute sa valeur, nécessite une part de création de la part de celui qui le reçoit. » Cynthia Fleury, Les Irremplaçables (Gallimard, 2015. p 87).

Cynthia Fleury ou le courage d’être soi

Cynthia-Fleury

Le courage est le premier outil de protection du sujet. Se protéger, s’autoconserver plutôt que commander. Au niveau collectif, la définition du courage se fait plus ordinaire encore. Non pas s’extraire pour diriger, mais approfondir la conscience et la maîtrise de la gouvernance commune, non nécessairement consensuelle. Le courage devient ainsi un des grands outils de régulation démocratique, fondant tout autant la parrêsia que la common decency. Son premier acte, c’est cette revendication toute silencieuse de l’irremplaçabilité du sujet. Nous ne sommes pas remplaçables. L’état de droit n’est rien sans l’irremplaçabilité des sujets.

Lire la suite « Cynthia Fleury ou le courage d’être soi »

Un rêve de Meret Oppenheim

Man Ray
Man Ray

Un rêve de femme, telle se présente Meret Oppenheim. D’une insolente beauté à 25 ans, elle séduit le groupe des Surréalistes déjà constitué en investissant la sphère la plus quotidienne qui soit : le repas (par des installations de vaisselle et de couverts) et les accessoires de la séduction (bracelets, gants), deux territoires délaissés par les hommes. Féministe dans sa manière de se penser libre et sexuée, elle aime à subvertir ces objets usuels en leur insufflant un contenu érotique.

Lire la suite « Un rêve de Meret Oppenheim »

Auréole boréale au Carreau du Temple

Aurore Boréale : Vincent Leroy
Aurore Boréale : Vincent Leroy

La pièce de 10 mètres de diamètre tourne de manière hypnotique dans l’espace vide du Carreau du Temple. On l’aperçoit derrière les vitres, comme le mouvement d’un pendule dont rien ne semble pouvoir arrêter le balancement. Une fois entrés, l’anneau laiteux en PVC oscille à quelques mètres du sol selon le rythme d’un temps retrouvé, celui d’une aurore boréale. Ces manifestations météorologiques se produisent principalement dans l’hémisphère Nord et illuminent le ciel d’une lumière verte, tel un anneau translucide. C’est cette même magie du surgissement splendide de la nature qu’a cherché à nous communiquer l’artiste Vincent Leroy à travers sa recomposition en un anneau oval.

Lire la suite « Auréole boréale au Carreau du Temple »

Le monde vu par Angélique Lecaille

Angélique Lecaille - Le crépuscule des Dieux IV (2012)
Angélique Lecaille – Le crépuscule des Dieux IV (2012)

De loin, au détour d’une allée, on aperçoit de grands ciels gris, traités à la manière de Poussin. Aimantés par la toile, nous nous approchons et découvrons derrière la vitre qui recouvre l’image, le grain d’un papier cartonné : nous sommes face à un dessin à la mine de plomb de 120 x 140 cm d’Angélique Lecaille, exposé à Art Fair Paris par la galerie Melanie Rio.

Lire la suite « Le monde vu par Angélique Lecaille »

Sylvain Couzinet-Jacques à La Galerie Particulière

série Standards & Poors - Sans titre 05, 2013, Tirage jet d'encre & verre teinté, 90 x 60 cm / série Standards & Poors - Sans titre 04, 2013, Tirage jet d'encre & verre teinté, 60 x 90 cm

Série Standards & Poors – Sans titre 05, 2013, Tirage jet d’encre & verre teinté, 90 x 60 cm /Sans titre 04, 2013, 60 x 90 cm

La Galerie Particulière présente actuellement la première exposition personnelle de Sylvain Couzinet-Jacques. Deux séries issues de « Footnotes »  réalisées en 2012 au Texas, et Standards & Poors sur la crise immobilière espagnole (2013-14) sont regroupées sous le titre « The Near, the low, the common ».

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Wanderland, le monde d’Anouk Griffioen à la galerie Mathilde C

Anouk Griffioen
Anouk Griffioen

La jeune galerie Mathilde C. à Paris présente jusqu’au mois de décembre une exposition de l’artiste Hollandaise Anouk Griffioen. Mêlant œuvres sur toile au fusain et photographies, « Wanderland » retrace en creux un processus de création où végétation et figures humaines s’hybrident jusqu’à ne faire qu’un.

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